Dix ans d'une relation intime où mon identité de photographe s'est construite au contact de ses gens, murs, gestes, matières, poussière, éponges…
En 2014, la Faïencerie de Gien me confie la documentation de son processus de fabrication. C'est cette série d'images, par la maturité du regard qu'elle démontre sur l'univers industriel, qui me permet de convaincre l'agence SIPA Press de m'ouvrir ses portes. Un premier reportage sur une manifestation agricole à Bourges confirme rapidement cette collaboration. S'ensuivront des partenariats avec les agences REA et Abaca, puis des commandes directes pour de grands·es client·es nationaux·ales comme EDF et Vinci. Tout est parti de cette première série à Gien.
En 2014, je suis un jeune photographe. J'ai réalisé quelques reportages pour des professionnel·les, mais l'essentiel de mon activité reste tourné vers les associations, les scolaires et les particulier·ères. Mon parcours prend un tournant décisif lorsque la Faïencerie de Gien me fait confiance et me propose de documenter son processus de fabrication.
Je n'ai pas encore une grande expérience de la photographie industrielle à ce moment-là. Mais cette commande va tout changer. Pendant plusieurs sessions, je photographie les gestes des artisan·es, les étapes de fabrication, la matière en transformation. Cette immersion dans un savoir-faire séculaire produit une série d'images qui me tient particulièrement à cœur, et qui va s'avérer fondatrice pour la suite de ma carrière.
Dans un premier temps, cette série me permet d'être identifié au niveau local comme un photographe capable de raconter l'univers industriel et artisanal avec sensibilité. Les images circulent, on me reconnaît un regard particulier sur le travail manuel, sur la lumière des ateliers, sur les visages concentrés des ouvrier·ères. Mais c'est à l'échelle nationale que l'impact va se révéler le plus déterminant.
Un jour, alors que je me rends à Paris pour un rendez-vous, je décide de tenter ma chance. J'appelle l'agence SIPA Press, l'une des grandes agences de presse photographique françaises, en envoyant le lien vers mon site et notamment vers cette galerie consacrée à la Faïencerie. Je demande simplement si je peux passer les rencontrer pour présenter mon travail et éventuellement rejoindre leur réseau de photographes. Christine, mon interlocutrice, m'accueille avec bienveillance : « Bien sûr, vous êtes le bienvenu. » Lorsque je me présente à l'agence, elle parcourt mon portfolio, s'arrête sur les images de la Faïencerie, et me dit sans détour qu'il n'y a pas de problème. Elle m'explique le fonctionnement : lorsqu'un reportage se présente dans ma région, je pourrai être sollicité pour le couvrir.
Le hasard fait parfois bien les choses. La semaine suivante, une manifestation d'agriculteur·rices éclate à Bourges. Je me trouve justement dans la ville pour une tout autre mission — la réalisation d'une visite virtuelle dans un grand magasin de cuisine. En sortant, je tombe sur les rond-points où les agriculteur·rices en colère brûlent des palettes et déploient des banderoles. Je sors mon appareil et commence à documenter la scène. Parmi les images que je ramène ce jour-là, l'une d'elles retient particulièrement l'attention : une grosse berline noire arrêtée devant un tracteur, et à travers la vitre, on distingue le poignet du·de la conducteur·rice orné d'une montre imposante. Ce contraste entre deux mondes dans une même image fait mouche. La photo fonctionne, elle est publiée, et elle marque le début de ma collaboration régulière avec SIPA Press.
À partir de ce moment-là, je suis référencé parmi les photographes de l'agence et je commence à travailler à l'échelle nationale. D'autres collaborations suivront, notamment avec l'agence REA et l'agence Abaca, qui élargiront encore mon champ d'action. Progressivement, cette reconnaissance me conduira à travailler directement pour les sièges sociaux de grandes entreprises comme EDF ou Vinci, sur des missions de communication institutionnelle et de valorisation des métiers.
Tout est parti de là : d'une série d'images réalisées dans les ateliers de la Faïencerie de Gien, portée par la confiance d'un·e client·e et par la conviction qu'un regard sincère sur le travail humain peut ouvrir des portes insoupçonnées.









En 2022, je reviens à la Faïencerie avec une intention d'auteur : travailler les formes, les couleurs, tenter d'en tirer une matière plus abstraite. Ça ne vient pas. La rencontre avec les femmes et les hommes de l'usine me ramène là où je suis juste — dans le portrait, dans la lumière posée sur les gens.
Cette fois, j'élargis le cadre. Je compose avec les gestes et les regards, je défends cette série pleinement. Quelques portraits, trois ou quatre, tentent autre chose : des superpositions de matière sur les visages, une recherche plus expérimentale.










Fin 2024, avec l'écrivaine et peintre Lenka Horňáková-Civade — prix Renaudot des lycéens pour Giboulées de soleil — nous décidons de nous enfermer une nuit dans la Faïencerie. Chacun·e avec son médium : moi les images, elle les mots, nourri·es par l'ambiance et les lieux.
L'idée était d'en faire un livre, mêlant mes photographies et les textes nés de cette expérience. Un ami de Lenka, réalisateur de documentaires et de fictions, d'origine tchèque, a été séduit par le projet et souhaitait en tirer un film. Le film n'a pas vu le jour — mais le projet de livre, lui, est bien vivant. Il est aujourd'hui entre les mains d'un éditeur, en réflexion. Les images, elles, sont là.















